Le Châtel de Theys

Pour des raisons de sécurité, le bâtiment est interdit au public.

 

 

Dans le cadre de la Mission Bern, la commune de Theys a signé une convention avec la Fondation du Patrimoine pour ouvrir la souscription destinée à la restauration du Châtel.
Le même jour, Térence Le Deschault de Monredon a connu un grand succès avec sa conférence « Le décor peint du Châtel : un chef d’œuvre pour un jeune chevalier » .
Plus d’infos : médias.

 

« Le Châtel de Theys abrite un trésor unique
au monde, un décor peint au tout début du XIVe siècle, qui raconte les aventures de Perceval, le chevalier de la Table ronde, héros du roman de Chrétien de Troyes. » Extrait du beau livre :
Cent lieux. Paysages et patrimoine en Isère
Unique au monde : seules illustrations murales connues de ce roman, elles ne racontent pas les exploits de Perceval mais son initiation à la chevalerie. Cette salle est telle qu’elle était il y a 700 ans.

C’est au cours de la campagne d’inventaire entreprise en 1991 que l’archéologue Annick Ménard-Clavier eut l’agréable surprise de découvrir le décor peint de la grande salle (ou aula) du Châtel de Theys. Le caractère inestimable de cette découverte conduisit la Commission des Monuments historiques à accepter le classement de l’ensemble des bâtiments et de son décor peint dès la première présentation du dossier. Ce classement implique également la protection du site sur un rayon de 500 mètres autour du Châtel.

Le Châtel, une histoire plus que millénaire

Le testament de l’évêque de Grenoble, Isarn, mort en 975, nous offre le premier document connu attestant de l’existence d’un édifice fortifié à Theys. Il y confirme avoir donné des terres sur le territoire de Theys à Rodolphe Aynard, en remerciement de sa bravoure et de son aide décisive pour la défense du diocèse. Les Aynard possèdent dès lors les terres de Theys pendant près de 300 ans, jusqu’en 1246, date à laquelle ils concluent un échange avec André Dauphin de Bourgogne, comte d’Albon et du Viennois, qui désirait renforcer sa position face à la Savoie.

Moins de 40 ans plus tard, en 1282, le dauphin de Viennois, endetté, veuf et sans héritier, cède les châtellenies de Theys, La Pierre et Domène au comte de Genève en contrepartie de son alliance dans le conflit delphino-savoyard. Theys entre alors dans la sphère genevoise pour plus de 150 ans, formant une enclave entre les terres du Dauphin et celles de Savoie.

Après l’intégration du Dauphiné au domaine royal, le roi de France signe en 1355 un traité de paix avec la Savoie et entreprend aussitôt de récupérer les châtellenies genevoises de Theys, La Pierre et Domène. Ce n’est qu’en 1408, après 50 ans d’âpres négociations, qu’il y parviendra. Theys entre alors dans le Dauphiné.

Le site du Châtel du Xe au  XIIIe siècle

On voit encore parfaitement comment était organisé le castrum du Xe siècle dont tous les éléments sont visibles : la motte sur laquelle se tenait l’ancien château seigneurial, la basse-cour, le fossé sec, la basse-cour secondaire et même le chemin médiéval.  

Le Châtel, une maison forte au temps des rois maudits   

         

L’édifice qui se dresse aujourd’hui dans la basse-cour de l’ancienne motte castrale se compose de deux bâtiments élevés successivement. La datation des poutres par dendrochronologie a permis de situer la construction du premier bâtiment vers 1279-1283, et celle du second aux alentours de 1325-1330.

La forme même de cet ensemble le rattache à la catégorie des maisons fortes. En effet, si sa situation est défensive en raison de la nature du terrain et du fait de son aspect extérieur général comportant peu d’ouvertures, il ne présente pas les fortifications propres aux châteaux forts. Les aménagements intérieurs sont ceux d’un édifice d’habitation, en particulier dans la grande salle de réception, exceptionnellement conservée, où l’on retrouve l’imposante cheminée, le lavabo utilisé par les convives invités à s’asseoir à la table du seigneur, les fenêtres à coussièges, dont les bancs occupant la largeur des ébrasements permettaient de profiter de la lumière du jour, des latrines dont la porte en bois d’origine est encore en place, et enfin le décor peint dont l’ampleur et l’état de conservation en font un témoignage rarissime.

L’aula et son décor peint unique au monde

Le décor peint de la grande salle d’apparat du premier bâtiment obéit à un  schéma de composition que l’on connaît bien dans d’autres ensembles :
> En partie basse : une fausse tenture.
> Dans la partie médiane : un réseau géométrique très coloré au sein duquel ont été peints, alternant avec des médaillons, 52 quadrilobes historiés racontant l’enfance de Perceval et son initiation à la chevalerie. Chacun de ces quadrilobes illustre des vers du roman Perceval ou le conte du Graal de Chrétien de Troyes, poète français du XIIe siècle.
> En partie haute : une frise de blasons armoriés et des motifs décoratifs végétaux.

Cependant, si nous connaissons ce type de composition à travers d’autres exemples, aucun n’a gardé une surface peinte aussi importante en contexte civil, en France et avant le XIVe siècle (plus de 150 m2), car les réaménagements successifs des espaces de vie ont détruit tout ou partie des décors médiévaux. Dans le cas de Theys, nous conservons un ensemble très complet qui épouse de surcroît les aménagements d’origine décrits précédem-ment. Ainsi, il est facile de comprendre en quoi la salle peinte de Theys est exceptionnelle. En effet, ne nous donne-t-elle pas l’impression que les habitants du Moyen Âge viennent de quitter la pièce en nous laissant leur cadre de vie indemne pour nous faire revivre leur quotidien ?

→ Le Châtel a fait l’objet d’une publication en 2014,  Perceval en montagne